?

Log in

 
 
26 June 2008 @ 04:04 pm
chapitre 6 : Godric, Gwendoline et presque Salazar  

Salazar n’était pas peu fier de son entourloupe. C’était un prodige de passer d’un sujet tel que la vie et l’œuvre de son maître imaginaire, ou son vif attrait pour la magie noire en tant qu’apprenti, à celui banal d’un repas passé…

Godric salivait, au comble de l’émoi à l’évocation du rôti. Un large sourire extatique illustrait combien le souvenir de la bonne chair était vivant dans sa bouche.

Bien…Bien…KssKss…Je retrouve enfin mes capacités mentales, il état temps….D’abord, je vais endormir tes derniers soupçons, si tu en as encore pauvre fou, à l’aide d’une discussion très ennuyeuse, et au bout d’un moment tu vas vouloir rentrer chez toi…Je prétendrais avoir trouvé un nouveau maître qui n’est pas un mage noir cette fois, et être sur le point de déménager. Alors tu partiras, en bon naïf que tu es. Evidemment. Et enfin je pourrais rester tranquille dans mes marécages et surtout, surtout SEUL !

Le chevalier tapotait toujours son ventre en une sorte de recueillement religieux.

Il est impératif que je poursuive la conversation avec ce même sujet, tu as l’air fasciné !

Le jeune sorcier aux cheveux noir prit un ton parfaitement intéressé pour demander :

« Au fait, quelle sorte de viande était-ce tout à l’heure ? Je ne me souviens pas en avoir déjà mangé de pareille…

- Comment ! Je t’ai pas raconté ça! Tu vas voir, c’est incroyable !»

Godric s’était brusquement redressé. Il semblait aussi excité à l’idée de raconter son histoire qu’un elfe de château à celle de faire la vaisselle. Dans un excès de bonté, Salazar concéda à se lever du sol afin d’offrir un auditoire plus consentant. Enfin la bonté, c’était surtout si cela servait ses intérêts.

Le sorcier blond allait débuter son récit, les mains en avant, prêtes à illustrer par de grands gestes son histoire.

Il aime vraiment conté sa vie celui-là…Deux jours que je suis avec lui, et je pourrais déjà écrire un stupide recueil, du genre Les fabuleuses et épiques aventures du vaillant et intrépide chevalier Godric Gryffondor…Enfin, je suppose que c’est une déformation professionnelle…

« Ca s’est passé après que l’on s’était battu en fait… »

A cette évocation, par un malheureux réflexe, Salazar porta la main à sa tempe encore enflée. Il contrôla assez rapidement son geste maladroit. Il fut tout de même soulagé en voyant que Godric n’avait rien remarqué, occupé à se gratter la gorge le nez en l’air. Le mage noir fit une grimace en apercevant les marques rougeâtres que frottaient les ongles.

Hum…On voit bien les traces de mes doigts sur son cou quand même…Je n’ai pas simulé en voulant l’étrangler hier soir…Mais par Merlin ! Comment a-ton fait pour revenir à ce sujet en parlant de la provenance d’une viande !

Salazar appréhendait un compréhensible regain d’animosité après le douloureux massage, mais il n’en fut rien. Le chevalier agitait l’index d’une main, et se frottait le menton de l’autre comme si cela pouvait l’aider à éclaircir ses souvenirs.

« Ouais…juste après le coup que je t’ai donné sur le côté de la tête pour te neutraliser, en fait… »

Garder un visage de marbre à ces mots demandait au porteur de la bosse un effort considérable que Godric ne prenait pas en compte dans son récit.

Il ne faut pas que je perde patience…pas cette fois encore… Laissons-le parler….

« A ce moment là t’étais inconscient. Je t’avais bien assommé dis donc ! Séché en un coup de poing ! Ahahaha !»

Le chevalier mima deux, trois fois sa détente du poing sous le regard blême de son interlocuteur. Si tu n’arrêtes pas très vite tes commentaires, je vais me sentir obligé de finir mon travail d’étrangleur…

« Mais avant, tu avais crié très fort… Sssshhhuuumiiirrkeeeprrr…Enfin un truc dans le genre. »

Salazar fit cette fois un bond de côté pour éviter la marée de postillons. Il apprenait vite de ses erreurs passées, et c'était là une chance. Recevoir la moindre goutte de salive aurait pu déclencher de sa part une salve d’attaques pas très diplomatiques.

« Je sais pas ce que tu leur as dit en fourchelangue aux serpents, mais ils sont venus nombreux dans la grotte ! C’était impressionnant ! Mais je te l’ai déjà dit ça, tout à l’heure. »

Le jeune mage se raidit d’un seul coup. Oh non… J’espère pour toi que tu n’as pas touché à la moindre de leurs écailles !

« Il y en avait de toutes les tailles et de toutes les couleurs parmi eux ! »

Puis, à l’aide de ses doigts, Godric énuméra :

« Des longs rouges, des gros tout noirs, des bleus minuscules, des rayés beige et marrons… »

La liste descriptive non-exhaustive de ses serpents chéris tournait la tête de Salazar. Son souffle devenait étrangement rauque et pénible dans sa poitrine.

« Il y en avait qui avait une face triangulaire et des yeux rouges alors que d’autres plutôt ronde et le regard jaune… »

Le chevalier appuyait ses commentaires d’une gymnastique des doigts très explicative. Malgré cela, Salazar saisissait de moins en moins le récit. A chaque nouvelle évocation, le champ de vision de Salazar rétrécissait étrangement, deux ombres noires semblant s’insinuer par le côté de ses yeux.

« Des dizaines de petits noirs qui se déplaçaient en bandes, tous enroulés les uns autour des autres. Ca faisait un sacré paquet de bestiaux au final, je peux te le dire ! Ahaha ! »

Toute force avait quitté le corps du jeune mage. Ses bras pendaient mollement de chaque côté de son corps. Sa tête s’affaissait doucement sur sa poitrine. Aucune lutte n’était possible face à l’inconscience qui le dévorait.

« Alors là, je peux l’avouer, je me suis pressé d’aller récupérer mon épée. Tu sais, elle était fichée dans le mur ! J’ai pas compris comment d’ailleurs…Bon, je l’ai sortie, heureusement elle était pas cassée, et là j’ai tranché dans le tas ! »

Salazar Serpentard n’était plus. Seul demeurait dans son corps un souffle guttural, que couvraient les onomatopées bruyantes de Godric retranscrivant son combat.

« Pour les plus petits, j’ai utilisé le feu des lanternes magiques ! Je leur ai balancé dessus, ils se tortillaient trop de douleur, c’était drôle ! Une jolie flambée ! C’est pour ça que je t’ai sorti de la caverne, je voulais pas que tu participes au feu de joie tout de même ! Ahahaha ! »

Le sorcier aux cheveux noir était d’une immobilité si parfaite que la mort l’eut confondu avec une de ses proies. Des respirations convulsives avaient beau soulever sa poitrine, ses yeux sans vie et sa face blanchâtre possédaient le masque de la mort.

Le blond magicien crût, à l’écoute du silence, que son histoire manquait d’intérêt ou de suspens. Il décida de prendre une voix encore plus forte pour mettre sa verve à l’honneur.

« Mais ça, c’était rien du tout ! Du menu fretin !Ahahaha ! Pendant que je te portais, il y en est un qui est apparu depuis l’intérieur de la grotte, et il était ENORME ! J’ai jamais vu ça ! Aussi gros qu’une vache ! L’espace d’un instant, je me suis vraiment demandé si c’était un serpent normal !»

Le corps livide roulait d’un grondement intérieur toujours plus puissant.

« Je t’ai posé dans un coin, et je me suis interposé entre vous deux. La bête glissait vers toi…A mon avis, elle avait envie de te croquer…. »

Godric tentait sans succès d’arracher un frisson de peur à son interlocuteur. Il poursuivit sans relâche :

« Je repoussais le serpent loin de toi en tapant du pied, mais au bout d’un moment, il s’est enroulé sur lui-même et s’est mis à siffler. Il avait l’air vachement menaçant…Alors là, tu vois, j’ai fixé ses yeux, là, et j’ai foncé ! J’allais pas attendre que ce soit ce monstre qui m’attaque, non ? »

Le spectateur atone remua faiblement les lèvres, mais rien ne sortit d’autre que le profond râle.

« J’ai essayé de trancher sa tête, mais j’ai pas réussi d’un seul coup d’épée ! La bête était dure à tuer, elle gigotait en tous sens! Là, j’ai frappé juste au niveau de la nuque, au moins quatre fois! Je peux te dire, maintenant c’est plus des bottes, c’est carrément une cape que je peux faire en peau de serpent ! Ahahaha ! »

La bouche muette de Salazar remua encore et encore, psalmodiant entre les respirations éraillées. Le volubile sorcier blond n’y prit pas garde.

« Comme j’avais faim, j’en ai mis un bout à cuire, tu vois, pour voir ! Et j’ai bien aimé, ça ressemble à du poulet… Du coup, j’ai mis le reste pour quand tu te réveillerais ! C’était pas mauvais, hein ? »

Godric se rendit compte d’un coup de l’état du jeune sorcier. Plutôt inquiet à la vue de cet état apathique, il demanda :

« Dis ça va ? »

Puis, rajoutant dans un élan de compassion :

« Tu devrais pas t’en faire, il est mort le gros serpent… »

Salazar poussa un râle puissant venu des entrailles en guise de réponse.

Godric devint légèrement anxieux devant cette réaction. Observant le teint de cadavre de l’autre, il hésitait fortement entre se porter à son secours et dégainer son épée. Il n’avait jamais rencontré de zombie, mais leur état ne devait pas beaucoup différer de celui de son compagnon.

« C’est bizarre… tes yeux… ils sont tous blancs…. Tu es malade ? … »

Un léger trémolo dans la voix du magicien indiquait sa nervosité ascendante.

Des lèvres de l’inconscient, le souffle glauque se transforma en une voix métallique semblant jaillir d’outre-tombe :

« Gwendoline…. Gwendoline… »

Une sueur glacée coulait dans le dos du blond sorcier.

« Euh, petit…Fais attention, ta bave fait de la mousse au coin de la bouche là…A droite…Héhéhé… »

Le rire forcé mourut rapidement. Godric, le visage crispé avait bien du mal à garder sa bonne humeur. Assurément le mage aux cheveux noir n’avait plus rien d’humain.

Le corps de Salazar se redressa tout à coup, comme mu par des fils invisibles venant du ciel. La marionnette humaine se rapprocha doucement de Godric. Ce dernier s’était levé d’un bond et reculait à chaque pas de l’autre. Il serrait la garde de sa lame dans son poing, peu convaincu de son utilité. De la main gauche, il attrapa sa baguette qui se trouvait dans le repli de sa ceinture.

L’ancienne apparence du jeune homme avait disparu, sa face était désormais pareille à celle d’un démon funeste. Le diable continuait d’avancer vers le chevalier en des pas lourds et désarticulés. Sa voix de métal résonnait dans l’air et semblait empoisonner tous les marécages.

« Tu as tué Gwendoline… Elle était dure à tuer….Tu as tué mon serpent….La favorite dont je prenais soin depuis des années…Tu l’as tué et tu me l’as donné à manger…. »

Godric comprit alors qu’il avait peut-être fait une bêtise. Visiblement, le gros serpent avait un nom. Et un propriétaire.Ce propriètaireétait très furieux qu’il ait tué sa bête. Non, à ce niveau là, c’était pire que de la fureur. Le chevalier déglutit difficilement et dit :

« Euh, désolé, écoute, petite erreur, on va pas s’énerver, hein ?….Hein ?…

- Gwendoline….Gwendoline…Assassin….

-Oh! Impressionant, la voix…euh, on dirait un mort…comment tu fais ? »

Godric espérait gagner du temps avec cette question. Il se préparait à combattre, repérant précisemment les lieux et imaginant à l'avance ses attaques.

Mais la voix grave retentit dramatiquement de nouveau.

« Tu… vas… mourir… »

Une flamme verte s’embrasa dans la main du fourchelangue. Le chevalier blond se mit en position d’attaque. Il dressa son épée vers son ennemi, et lui intima :

-Joli boule de feu dans ta main droite mais je te déconseille de... HYAAAA ! »

 
 
 
runusole on April 10th, 2011 01:23 pm (UTC)
Terrific work! This is the type of information that should be shared around the web. Shame on the search engines for not positioning this post higher!

hadakeep on April 12th, 2011 09:30 am (UTC)
Great writing! I want you to follow up to this topic!?!