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24 June 2008 @ 09:40 am
Chapitre 4 : personne d'autre qu'un serpent  

 

La première sensation que ressentit Salazar à son réveil fut celle d’une intense douleur. Portant la main à sa tempe, il y constata la présence d’une bosse monstrueuse. Il fit une grimace et se retourna sur le sol en grognant. Le crissement des brins d’herbes lui fit comprendre qu’il n’était plus dans la grotte. Héee ?

Ouvrant prudemment les yeux, il aperçut la lueur vive du soleil. Elle lui brûlait la rétine. Il se sentait encore étourdi et ensommeillé.

Quand il se redressa enfin, il constata qu’il était recouvert d’une cape rouge. Pas un seul commentaire ne vint à son esprit embué et encore moins à sa bouche pâteuse.

Tournant la tête, il vit le feu qui crépitait à côté de lui. Godric se tenait en face, allongé avec décontraction sur le flanc, mâchonnant bruyamment quelque chose.

Il émergea doucement vers une conscience plus aigüe. Reprenons. D’abord, je suis bien vivant, les morts ne pouvant avoir aussi mal au crâne que moi. Ensuite je suis dehors, prés d’un feu où cuit une viande quelconque, visiblement surveillé par mon mastiquant rival.

Salazar profita de ce regain inespéré de conscience pour se remémorer les évènements de la veille.

Cet individu est entré dans ma grotte. Il a tué mes bébés serpents d’amour. J’ai voulu l’empoisonner mais ça n’a pas fonctionné. A la place, j’ai bu comme un trou avec lui. Puis l’on s’est battu. Au moment où j’allais triompher, il m’a traité de novice et je lui ai sauté dessus pour l’étrangler. Enfin, manifestement, il m’a maîtrisé d’un coup de poing sur la tempe.

Il posa sa tête entre ses paumes, au comble de l’auto-désolation. Il ne se retint même pas de soupirer.

Brillant vraiment ! Quelle prestation, futur maître du monde Serpentard!

Relevant les yeux, il regarda le chevalier en pleine dégustation. De temps en temps, celui-ci retournait un bout de viande enfilé sur un pic afin de le faire uniformément dorer sur le feu. Le soleil éclairait d’or ses cheveux tandis que l’ombre verte des feuilles traversait son visage. Le rougeoiement des flammes contrastait merveilleusement avec la douceur de l’herbe tendre. La scène aurait pu être bucolique sans les bruits juteux de la mastication féroce du magicien.

Si ma langue flasque et molle n’emplissait pas entièrement ma cavité buccale, je t’insulterais…

Godric leva un œil vers lui. Sans un mot, il se saisit de la gourde à ses côtés et la lui lança par-dessus le feu. Salazar ne réagit pas assez vite et la reçut en pleine figure.

Il s’écroula vers l’arrière dans un grognement d’affliction. Le blond ricana.

Finalement, je vais rester coucher à attendre la mort, c’est plus prudent…

Il se saisit du drap et, tel un linceul, cacha sa face au monde. Un orifice dans le lourd tissu permettait aux raies de lumière de passer, troublant considérablement son sommeil vers les ténèbres. Mais …N’est-ce point là la cape de Godric !…Heurk !

Le jeune mage repoussa violemment la pèlerine en une grimace d’écœurement profond. Il aurait volontiers laissé échapper tout un vacarme d’exaspération mais un étau puissant enserrait tout son front, le laissant complètement cotonneux. Plus jamais boire à ce point, plus jamais…

Malgré l’effort colossal, il se redressa de nouveau, pris d’un sursaut de dignité humaine. Il attrapa l’outre ex-projectile et la déboucha. Il allait la porter à ses lèvres, quand, alerté par un vieil effluve d’alcool, il se figea dans son geste. Non c’est impossible. Salazar regarda le chevalier avec effroi.

« C’est bon, je l’ai remplie avec de l’eau… » répondit ce dernier avec désintérêt.

La voix grave vrilla ses tympans. Mais pourquoi parler si fort !

« Mais on sent encore un peu le goût… » rajouta Godric dans un faible sourire d’espoir.

Le jeune sorcier but malgré tout car sa soif était trop grande. Il vida la moitié de la gourde puis soudain bloqua ses gorgées.

Et si c’était empoisonné ?

Il regarda Godric qui était toujours absorbé par son repas, ou peut-être était-ce le contraire.

Non…s’il avait eu la volonté de me tuer, ce serait déjà accompli… A moins qu’il ne désire me voir mourir par les mêmes poisons que je vends ? Pour ma part, j’aurais agi ainsi…

Haussant les épaules, il se remit à boire.

Bof, vu ma prestation, je ne mérite pas meilleur sort. Et puis mourir par ses propres poisons, c’est classe ! KssKss !

La gourde n’étant pas empoisonnée, Salazar ne put point profiter du spectacle de sa propre agonie.

Godric, entre deux bouchées, lui demanda s’il en voulait. Le jeune sorcier ne comprit pas de suite la question. Mais étant donné qu’il montrait un morceau de viande, il devait sûrement lui proposer de se restaurer.

Il m’aura fallu l’étendue d’une gueule de bois monumentale pour comprendre la nécessité de s’exprimer avec de grands gestes.

Le ventre du Serpentard répondit à sa place par un long grondement de plainte à la grande gêne de celui-ci. Godric ricana de nouveau.

Le garçon aux cheveux noirs attrapa un bout de la viande en train de cuire. La chair se détacha facilement dans ses mains. La portant à sa bouche, le morceau fondit délicatement sur sa langue. Il enchaîna goulûment les morceaux, tiraillé par une faim qui venait de s’éveiller. La nourriture le faisait se sentir mieux et il se sentait moins faible qu’à son réveil. Le rôti diminuait à vue d’œil.

Godric avait enfin terminé de manger et suçotait le bout de ses doigts couverts de jus. Salazar profita de ce moment de distraction pour récupérer, de la pointe du pied, sa baguette négligemment laissé près du feu. Il la rangea rapidement dans une de ses bottes en imitant un grattement compulsif du mollet. Le magicien n’avait pas fini de lécher son auriculaire que le tour était joué.

Salazar, très satisfait, entamait son ultime morceau allègrement. KssKssKss…J’ai de la ressource tout de même... Par contre je vais devoir attendre de me porter mieux avant de me risquer à lancer des sorts.
Godric, son étrange toilette finie, émis un léger toussotement par lequel il signifiait certainement son désir de parler.

Evidemment. Tout ce silence devait lui être intolérable.

Le chevalier blond fronçait le nez, apparemment gêné d’entamer la conversation. Il ouvrait la bouche, s’avançait pour parler puis la refermait en regardant le sol. Il ressemblait à un poisson en manque d’eau.

Un miracle ! Il n’ose parler ! Je pense que cela n’a pas dû lui arriver souvent, à cette grande bouche !

Le jeune sorcier avalait soucieux sa dernière bouchée. Une question taraudait son esprit. S’il m’a épargné, c’est qu’il désire quelque chose de moi…Qu’est-ce que cela peut-il bien être ? Et comment diantre fait-il pour me regarder sans la moindre haine alors que j’ai manqué de l’étrangler ?

« Je voudrais savoir… » dit alors Godric d’une voix peu assurée.

L’autre leva les sourcils en guise d’incitation. L’heure de vérité…

« Hum…et bien… voilà, est-ce que ton maître est mort ? »

Salazar fut foudroyé de consternation. Quelle est cette créature ? Toi pas parler notre langue ? N’ai-je point hurlé assez fort ?

N’obtenant pas de réponse, le chevalier poursuivit :

« Comme tu t’es mis en colère hier soir, je me suis dis… »

Il chercha la suite de sa phrase dans le regard plein de dépit et d’incompréhension de son interlocuteur. Pas découragé, il renchérit :

« Il faut que tu me dises si…enfin si…il est mort quoi...

-N’as-tu donc rien écouté hier soir? »

Le mage était toujours en grande stupéfaction. Gryffondor sembla à nouveau très embarrassé par cette question.

« Ben c’est que j’ai rien compris, moi ! C’était trop étrange ! Quant tu criais, ça faisait « Kffgrphmshttiiikkashhhfffrrrr » !»

Des postillons volèrent par millier et allèrent mourir dans le feu.

« Rrreeeegiiiisuuuushtilllll…. »

Salazar recula devant le flot de salive d’un Godric transcendé par son rôle. Il resta interdit un moment. La veille, il avait du parler dans la langue des serpents durant sa fureur. Alors personne d’autre qu’un serpent n’aurait pu me comprendre.

« Je te promets : « Phrammshiiplufff » !

- Oui, c’est bon, j’ai saisi ! »

Salazar mit les bras en croix pour se protéger de l’ondée salivaire.

« Surrrmiiimmaaaaniiiifffssstttt….

- Arrête !

- Kaarrrffuuuttsssorrrr…. »

Rien ne pouvait dévier la nuée de postillon de son chemin. Godric se surpassait à retranscrire avec exactitude les borborygmes sauriens qu’il avait entendu la veille. Hyaaaa ! C’est intolérable ! Il m’ asperge!

« Ssiiifllllrrroommmfffaaaffffssss…

- C’est parce que je parle le fourchelangue ! »

Le jeune mage avait évité de peu l’inondation mais au prix de la révélation d’un grand secret.