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23 June 2008 @ 11:59 am
chapitre 3 : occire, étriper et dépecer  


Godric arracha rageusement l’affiche où étaient tarifiées les différentes catégories de poisons. Il menaçait toute la pièce de son regard, balayant chaque recoin comme si un ennemi allait soudainement surgir pour l’attaquer. L’épée brandie, il paraissait prêt à s’élancer à la charge. Il n’y avait pas de doute possible quant à ses talents de guerriers et Salazar ne se sentait pas vraiment rassuré.

Malgré son jeune âge, celui-ci avait déjà eu l’occasion de mesurer ses pouvoirs face à des importuns en vadrouille, des clients mauvais payeurs ou bien des chevaliers d’opérette. Quelques moldus malchanceux avaient aussi largement contribué à son entraînement. Il n’avait jamais été défait, ni même mis en difficulté et ses pouvoirs ne cessaient d’augmenter avec le temps. Il n’avait peur d’aucun affrontement, mais à cet instant précis, il ne se sentait pas du tout au maximum de ses capacités.

Son regard n’arrivait pas à se fixer, et se maintenir debout semblait bien moins évident qu’à l’accoutumée. De plus, son ventre s’agitait en spasmes chaotiques désagréables. Il maugréa contre lui-même. Je ne pense pas que vomir sur mon adversaire soit une attaque très efficace.

Par malheur, le chevalier ne paraissait pas aussi atteint par l’alcool que lui. Ses histoires de bars écumés et de tonneaux entiers absorbés n’étaient sans doute pas des élucubrations…

Serpentard déglutit avec difficulté. Il ne laissa cependant pas la panique l’envahir et garda un visage de marbre. Tout son sang-froid et toute sa réflexion allaient être précieux pendant ce combat. Je vaincrai comme j’ai toujours vaincu. Evidemment.

Lentement, il dressa sa baguette droit sur son adversaire. Le combat allait enfin commencé.

Godric leva un sourcil perplexe vers Salazar et le gratifia d’une moue reflétant ses doutes sur ses capacités guerrières. Non, mais qu’est-ce que tu crois ? Tu ne te verras même pas mourir ! Non, il ne faut pas que je m’énerve, il faut pas que..

« Dis-moi où il est ! » vociféra le guerrier en armure en regardant toujours de tous côtés.

Mais de quoi il parle, le futur macchabée ? Aprés tout, je m'en dédie...Ah, j’ai une idée de piège …

« Je sais qu’il est là ! »

Salazar fit lentement pivoter le Godric hurlant en se décalant peu à peu vers la gauche. S’il recule de deux pas, il va glisser sur les grenouilles mortes et…

« Ca ne sert à rien de le protéger ! Je vais le descendre ! Dis-moi où il est ! »

Soit je ne comprends rien à rien, soit ce qu’il dit est complètement incohérent ! Il est peut-être plus saoul que je ne le pensais !

Godric pointa alors son glaive vers lui en rugissant :

« Je vais te forcer à avouer ! Où se trouve-t-il !

-Tu ne trouveras que la mort ici, pauvre fou ! »

Salazar jeta un sort de convulsion qui fut habilement esquivé d’un bond. Le deuxième sort n'atteignit pas plus la cible mouvante. Le sorcier blond, d’un geste vif du poignet, lança sa lame sur la main de Salazar tenant la baguette. Ce dernier l'évita de justesse puis contre-attaqua d’un sort qui ne troua que la cape rouge. Le chevalier fendit l’air de son glaive. Une impulsion magique sortit de ce geste, creusant la terre du sol par sa force. Le mage noir échappa à l’onde destructrice par un saut de côté mais se faisant, se retrouva dangereusement près de son ennemi.

Godric, surpris, fit un pas en arrière et posa le pied sur le corps mou d’un batracien trépassé. Se sentant glisser, il fit un habile sursaut vers l’avant pour se rééquilibrer. Mais son pied accrocha la terre retournée, il trébucha et dans une exclamation, chuta de tout son poids sur Salazar. VLAM !

Ils se retrouvèrent l’un sur l’autre sur le sol.

Pendant un instant, Salazar ne comprit pas la situation. Sa tête n’avait pas heurté le sol, protégé par la main de Godric. Ouvrant les yeux, il vit le glaive qui reposait un peu plus loin sur le côté. Je ne comprends pas là…Il l’a jeté pendant la chute?

Visiblement la tête de l’autre magicien n’avait pas eu autant de chance que la sienne car le guerrier ne bougeait plus.

Salazar hoqueta. Il se rendit enfin compte qu’il ne pouvait plus respirer, toute la masse du colosse l’écrasant. Le jeune homme tenta de se débattre, mais il fut incapable de faire bouger le poids mort de sa poitrine. Il s’agitait désespérément, paniqué par le manque d’air. Aaaargh ! Je vais mourir étouffé ! Hirrkk !

Godric remua alors, puis se souleva rapidement tout en délestant habilement de sa baguette un Salazar au teint légèrement bleuté. Trop heureux de respirer à nouveau, celui-ci ne se rendit pas tout de suite compte de la soustraction de son arme principale.

Quand il se releva avec difficulté, il vit Godric en train de ramasser son épée. Une plaie sur son front, à l'évidence causée par la rencontre innoportune avec un rocher,teintait les mèches blondes en couleur de sang. Aucune douleur n’assombrissait son visage. Il le regardait en coin, une lueur ironique brillant dans les yeux.

« Ca va ta tête ? » demanda-t-il.

Salazar n’eut pas le temps de retrouver toutes ses couleurs. Il vira instantanément au vert. Je ne peux y croire. Il aurait fait exprès de me protéger…

Une vague d’animosité le submergea tandis qu’un frisson remontait le long de son dos jusqu’à sa nuque. Une veine sur sa tempe se mit à battre furieusement. Il serra ses mâchoires pour contrôler sa colère. Personne ne ridiculise un Serpentard!

Puis Godric, allègrement, se mit à le narguer, affichant un grand sourire et triturant la baguette entre ses doigts.

« Au fait, tu as perdu un truc, petit ! » rajouta-t-il avec un clin d’œil.

Salazar écumait littéralement de rage, les poings serrés et la haine débordant des yeux. Je vais te tuer, je vais t’assassiner, je vais t’abattre, t’occire, t’étriper, te dépecer, te…

« Maintenant petit, tu vas me dire où il se cache ! »

Salazar planta son regard dans celui de Godric. Tu vas souffrir.

Et en guise de réponse, le mage aux cheveux noirs articula :

« Venio velociter beatus qui custodit verba prophetiae… »

Le chevalier écarquilla les yeux. Sa bouche tomba en une moue stupéfaite.

« Mais, mais, mais ! Qu’est-ce que tu fais ! »

Godric, les bras ballants, subissait la surprise. Puis tout à coup, son visage trahit son trouble et il afficha une grimace contrite.

« Mais il est entrain de me maudire là! J’y crois pas !

-…et postquam audissem et vidissem cedidi…

-ARRETE ! »

Le chevalier Gryffondor était à présent tout à fait désemparé et s’agitait en tout sens.

« huius tempus enim proper est…

-Mais c’est pas avec toi que je dois me battre ! TAIS-TOI ! »

Il leva son épée et plaça la pointe sur la gorge du jeune homme.

« TAIS-TOI ! »

Salazar continua sa litanie dans un sourire diabolique. Avise-toi de me tuer avant la fin et tu sais que c’est toute ta famille qui subira la malédiction…KssKss...

« Noceat adhuc et qui in sorbidus est sordescat…

-Je veux pas me battre avec un apprenti comme toi! Dis-moi où est le VRAI mage noir ! »

Les paroles se bloquèrent dans la gorge de Salazar. Il me prend pour un apprenti. Pour un apprenti. Je lui lance un sort maléfique des plus complexes et lui il..

Godric mis une main en porte-voix et beugla :

« Je sais que tu es là ! Sors de là et viens te battre comme un homme ! Je suis un adversaire à ta mesure ! Arrête de te cacher derrière un novice ! »

Le mage noir tremblait à présent de rage, les yeux révulsés. Novice. Ses mains se crispaient nerveusement, arrachant des globes oculaires imaginaires. Novice. Des tics agitaient le coin de sa bouche, l’empêchant de continuer son psaume sans balbutier :

« homimi …homicidadada…homicidae et et indododo... indolis..…

-Laisse l’enfant en dehors de tout çà et affronte-moi ! »

L’enfant ? L’ENFANT !

Salazar poussa un hurlement bestial de fureur. L’épée sauta des mains du chevalier et, mue par tout la force d’une magie ancienne, se planta dans le mur de pierre. Godric vit avec effroi l’être enragé bondir sur lui, le faisant tomber à la renverse. Des doigts se fermaient déjà autour de son cou, comprimant sa gorge tout en martelant sa tête contre le sol au gré des vociférations :

« JE SUIS LE MAGE NOIR CRETIN ! C’EST MOI ! JE SUIS LE MECHANT ! MOI ! MOI ! »

Godric Gryffondor, affolé, tentait sans succès d’arracher les mains du démon de son cou meurtri. La panique le gagnait au fur et à mesure que la douleur se faisait plus intense.

« JE FABRIQUE DES POISONS ! JE MAUDIS LES GENS ! MOI ! TOUT SEUL ! JE NE SUIS PAS UN ENFANT ! JE NE SUIS PAS PETIT ! JE SUIS »

BLAFF !

Dans un dernier élan de force Godric avait assené un magistral coup de poing sur la tempe de son adversaire. Il se retourna en crachant, la respiration rauque et douloureuse. A ses côtés, reposait le jeune homme inconscient. Plus rien en cette pâle figure ne rappelait désormais la terrible fureur passé.

« Mazette ! J’ai rien compris ! » souffla le chevalier toujours sous le choc.