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22 June 2008 @ 09:00 pm
chapitre 2 : a poison, poison et demi  

 

Godric Gryffondor continuait à énumérer ses vantardises sous le regard haineux de Salazar Serpentard.

« Remarque, quand je dis une dizaine de serpents tués, je mens pas! Je n’ai pas arrêté de trancher dans ces marais ! J’ai gardé leurs peaux, ça me fera des jolies bottes ! C’est classe, les bottes en serpents, non ? Tiens, tu veux voir ? »

Salazar, en un immense effort de volonté, se retint de hoqueter de colère. Vengeance pour mes petits sauriens d’amour.

Il fixa les yeux de l’assassin de serpents. Puis, dans une grimace, tira les coins de ses lèvres et dévoila ses dents en un simulacre de sourire. Enfin, il dit d’une voix mielleuse à souhait:

« Puis-je vous offrir à boire ? »

Le chevalier Gryffondor resta un moment interdit par l’étrange faciès du jeune homme puis accepta en riant :

« Et comment ! Ahahaha ! Fait toujours soif avec moi ! »

Maître Serpentard s’éloigna vers le fond de la grotte pour chercher une décoction très spéciale pour son invité. Je ne vais pas te manquer, déficitaire neuronique en puissance ! Ta mère ne t’a jamais dit qu’il fallait rien accepter des inconnus ? Ksskss ! Bien, je penche pour un classique Détruit-boyaux mais en version concentrée. Cela va être encore plus distrayant que mon livre…et je te le promets, je n’oublierais pas de me faire des bottes avec ta peau !

Il mélangea le contenu entier du flacon à un peu d’infusion d’herbes aromatiques dans une tasse. Il se prépara une autre bolée de tisane non empoisonnée pour lui-même puis vérifia que ni l’aspect ni l’odeur des deux ne différaient. Lorsqu’il revint en face de Godric, celui-ci était en train de s’amuser à jongler avec les crapauds chanteurs. Joignant les gestes à la parole, il imitait les croassements affolés des pauvres bêtes. Salazar lui tendit la coupe de poison.

« Ah ! Du boire ! C’est que je peux pas me permettre d’arriver face à mon ennemi desséché, moi ! »

Il jeta les batraciens derrière lui et attrapa le récipient.

« Tu sais, ce sorcier maléfique dont je t’ai parlé, il paraît qu’il est dangereux, on dit qu’il maudit rien qu’avec le regard ! »

Le blond ajoutait les gestes à la parole, mimant un visage terrible et des éclairs sortant des yeux. C’est évident, ce n’est pas avec des yeux transparents comme les tiens que l’on impressionne les faibles. Ils sont si clairs que si je me concentre, j’aperçois le fond de ton crâne. Ce n’est pas le cerveau qui embarrasse dans cette boîte crânienne. Le breuvage maudit suivait les ridicules mouvements de mimes et Salazar le suivait attentivement des yeux. Il guettait avec une impatiente enjouée le moment où l’autre allait enfin porter à ses lèvres le gobelet fatal.

Godric qui ne remarquait rien, continuait de palabrer.

« Et puis je te raconte pas les poisons qu’il vend ! Tous les grands pontes au service de l’oligarchie planchent dessus pour trouver des remèdes ! »

KssKssKss… Je viens juste de faire mes 16 ans et je suis déjà le meilleur…Tout le monde parle de moi… Je vais régner sur le monde…Ksskss…

« On dit que c’est un ermite qui vit ici dans les marécages et que s’il voulait, il pourrait prendre le pouvoir de force tellement il a des connaissances terribles ! »

KssKss… Toute l’Angleterre sorcière me reconnaît déjà comme son roi ! Finalement il n'est pas si nul cet énergumène. Je devrais peut-être l’engager comme homme de main ! Il serait pratique lors de mon futur coup d’état que je viens de décider à l’instant ! Salazar s’imaginait victorieux, couronné et adulé par la foule en demi-dieu qu’il était. Evidemment.

Mais le blond poursuivait toujours

« Mais moi, il me fait pas peur ! Je vais le battre en moins de deux ! Par tous les centaures, je suis un coriace moi ! Ahahaha ! » Rien n’arrêtait donc le monologue gryffondorien.

Tais-toi et avale, crétin.

Enfin la coupe empoisonnée s’éleva vers la bouche volubile. Salazar regardait avec concentration, ne voulant pas rater une miette du spectacle.

Alors que le rebord de la coupelle effleurait déjà ses lèvres, le sorcier se mit à loucher sur le contenu et renifla bruyamment pour tenter de deviner la nature de la boisson.

Se pourrait-il qu’il ait deviné ? Ce n’est pas un ahuri alors…La main de l’ex futur maître du monde se referma prestement sur sa baguette dans le pli de sa cape. Il pourrait ainsi dégainer avec rapidité si son ennemi agissait. Il toisait son ennemi, tout sens en éveil.

« De l’infusion ? Et puis quoi encore ! On n’est pas des damoiselles, non ! Ahahaha! Heureusement que j’ai amené de quoi survivre ! J’ai failli oublier qu’elle était là pourtant! »

Godric détacha le lien qui enserrait une gourde énorme dans son dos, sous sa cape. Il jeta d’un coup sec tout le contenu de la tasse par-dessus son épaule sous le regard abasourdi de Salazar. Il se versa ensuite une dose généreuse du liquide ambré de la bouteille.

Quelques crapauds restés sur le sol à l’entrée de la caverne furent aspergés du jus mortel. Ils succombèrent rapidement en en un croassement pathétique. Le blond ne réagit pas à leur plainte, trop occupé à verser une dose convenable de son nouveau breuvage dans la coupe. Salazar secouait la tête, à présent profondément dépité. Tout ce bon poison gâché…Des semaines de préparation…Mais…et la belle agonie alors ? …

Sa tasse lui fût arrachée des mains pendant cet instant de pathos, vidée de la même façon que la précédente et remplie à ras bord.

« Tu vas voir, c’est du bon ! » s’exclama le chevalier entre deux gorgées.

Peut-être qu’il y en reste suffisamment dans la tasse pour le faire souffrir. Le mage aux cheveux noirs regardait attentivement le magicien qui avalait goulûment sa boisson. Il espérait la moindre réaction de douleur sur ce visage. L’échec total de son plan lui paraissait impossible.

De dépit, il se laissa tenter par son verre. Au moins il était sur qu’il n’était pas empoisonné vu la délectation apparente de l’autre. Il trempa ses lèvres, but, et se retint de tousser dés la première gorgée avalée. Mais c’est pour tuer la vermine ou quoi d'autre! En tous cas, mon poison n'aura pas survécu à un mélange avec ce, ce, ce truc! Mais !

« Tu vois, je t’avais dis que c’était bon ! C’est quand même mieux que ta tisane ! J’espère que c’est pas trop fort pour un jeunot comme toi ! Ahaha !»

Maître Gryffondor avala cul-sec toute sa coupe sur ses bonnes paroles. Salazar était horriblement vexé par ce type invraisemblable et décida aussi d’avaler tout rond le breuvage.

Je vais lui faire ravaler ces mots à cet imbécile ! Il va apprendre que Salazar Serpentard ne perd jamais ! S’il peut le boire, si ce breuvage est vraiment ingérable, Merlin m’en soit témoin, je le boirais moi aussi !

Il n’écouta pas les protestations douloureuses de sa langue et de sa panse et toisa son adversaire d’un regard de défi. Ce dernier ne réagit toujours pas et resservit abondamment les deux tasses. Et ils burent.

Godric parla encore et encore, entre deux gorgées, de l’origine de cette boisson, de comment il se l’était procuré, puis de son voyage jusqu’à ce lieu en écrémant tous les bars sur sa route. Il raconta d’innombrables anecdotes comiques. Enfin, il parla un peu de lui, il avait 21 ans, c’était le meilleur combattant de sa région et il voulait chasser les dragons et tout le reste d’ailleurs.

Il dit aussi une foule d’autres choses qui devenaient de moins en moins compréhensible, surtout depuis que Salazar n’avait plus assez de doigts pour compter les verres ingurgités. Il se sentait anormalement joyeux, et c’est péniblement qu’il se retenait de rire. Il avait même oublié qu’il devait trucider le blond.

Il se balançait doucement sur son siège en essayant de faire arrêter la course du monde qui tournait bien vite depuis quelques tasses. Il ne voyait plus très net ! Godric riait toujours, chantait très fort des grivoiseries et riait de plus belle. Le crépuscule approchait et les ténèbres envahissaient doucement la grotte.

Le sorcier rieur se leva d’un coup sans cesser sa ritournelle et sortit en chantant plusieurs couplets sur le besoin naturel qu’il s’apprêtait à accomplir.

Le Serpentard imbibé le suivit, quelques minutes plus tard, et se dégrisa un peu en faisant quelques pas à l’air frais. Il s’adossa contre un arbre pour contempler les libellules sous les derniers rayons de soleil.

Mais qu’est-ce qui m’a pris d’avoir bu ! Avec ce piètre type en plus ! Il faut que je me consacre à son cas et promptement ! Remarque, je ne me sens pas très frais…

Il revint en titubant dans la direction de la grotte où brillaient les lanternes magiques. Ce champion sait comment allumer des lumières, à défaut d’en être une! Après s’être esclaffé tout seul sur cette remarque pleine d'humour pendant quelques minutes, Salazar rentra dans la caverne. Godric s’était levé. Il lui tournait le dos et fixait quelque chose sur le mur. Il était silencieux. C’était trop étrange. Salazar perdit toute son humeur enjouée en une seconde. Le chevalier tenait son impressionnante épée dans la main.

Il se retourna et pointa du doigt un parchemin accroché à la paroi.

« Qu’est-ce que ça ! C’est marqué : Pour deux gourdes de poison paralysant achetées, une fiole de poison Tombe-dent offerte ! Mais c’est de la magie noire !»

Oups.